CHARBEL SAMUEL AOUN

 

Charbel Samuel Aoun

1) Commentaires en français, traduits ensuite en anglais:

2) Commentary in French, then translated into in English:

1) Charbel Samuel Aoun, ce jeune peintre de 30 ans qui vit au Liban, compare sa peinture à une symphonie composée par les émotions et la combinaison de ses différents gestes. 

A ce propos Henri Focillon, lui aussi insiste sur l'importance des gestes en peinture dans « La Vie des formes » en faisant l’éloge de la main . "La main est action : elle prend, elle crée, et parfois on dirait qu’elle pense […] L’art se fait avec les mains. Elles sont l’instrument de la création, mais d’abord l’organe de la connaissance."

En 2003-2005, Charbel était obsédé par le mouvement et notamment par des silhouettes de personnages qui étaient censées célébrer la vie. A ce moment-là pour lui tout est alors rythme et seul compte le mouvement. C’est la raison pour laquelle, il se focalise principalement sur les lignes qui tracent le mouvement négligeant parfois les détails des silhouettes elles-mêmes. 

Mais par la suite dans les années 2005-2008, suite aux catastrophes que connait son pays, l'image de la silhouette vibrante subit les affres de la guerre et celle-ci apparait alors déchirée et torturée devenant un être pratiquement monstreux. 

Et ce n'est qu'en 2008, en se retirant chez lui dans sa maison que Charbel reprend goût à la peinture. Il découvre les paysages organiques de son jardin et aussi les visages qui portent les stigmates de la misère. 

En 2009, sa peinture s’ouvre à l’environnement extérieur et à la ville qui a subi la guerre et a perdu aussi d'une certaine façon son identité face au capitalisme envahissant. 

Mais l'année 2010 va constituer un tournant majeur dans la peinture de ce jeune peintre. Elle va signifier la plongée dans son inconscient et le retour à son monde intérieur. Ce faisant il découvre la lumière: "…c'est dans cette masse de noir que je perçois une lumière, une lumière qui me donne la force de la partager, et je peins mon propre parcours…un parcours qui passe par les morts vivants (résidus de mon expérience sociale) pour aboutir à une dématérialisation, peut être une désocialisation si on peut dire…" (courriel du 24 octobre 2010) 

La facture des œuvres peintes au cours de cette même année est souvent rigoureuse et graphique. La couleur devient irradiante et transperce ces espaces obscurcis par une sorte de végétation envahissante qui empêche toute vie d'exister. 

Certes on aperçoit ici et là des formes humaines, des êtres qui errent comme des zombies (La balançoire, le funambule…). Ce sont des "peintures dramatiques de fureur et de protestation" à l'exemple d'un Fritz Winter.

Par l'équilibre entre une certaine tension émotionnelle et forme spiritualisée, l'expérience est transfigurée en signes picturaux qui évoquent des forces inconnues Celles-ci poussent des profondeurs vers la lumière comme ces couleurs lumineuses jaillissant des fonds bleus, verts…

C'est une peinture qui défend le sentiment, l'irrationnel, les puissances de l'inconscient et de la transcendance. 

C'est la protestation d'un homme passionné contre la destruction, un vrai romantique contre la laideur d'une certaine réalité à l'exemple de ces êtres fantomatiques, hagards. 

Les images de mondes intérieurs au caractère fantasque à la fois étrange et enchanteur surgissent. Sa façon de peindre les innombrables ramifications végétales grâce à son tracé filamenteux multicolore (Beyond man, Facing war, Fairies journey…) ajoute un caractère d'envoûtement, chaque détail étant élaboré avec beaucoup de délicatesse voire une indéniable forme d'élégance. 

Thématique complexe avec des étranges invocations elles-mêmes soudées par la même fascination du mal et de l'irrationnel. 

Cette thématique complexe dans des tableaux magico-invocateurs, pathétiques, qui laissent un large champ aux interprétations et aux associations du spectateur. Le positif et le négatif, le salut et la catastrophe y sont indissolublement liés. 

Durant cette année 2010, la végétation de son propre jardin définit l'espace de sa peinture et devient un lieu de résonances. 

Une lumière semble venir des profondeurs et toute la virtuosité du peintre c'est de mettre en évidence ces enchevêtrements végétaux, soit sous forme d'une toile d'araignée (Beyond man), soit sous forme d'un bouquet végétal (Facing war) ou encore d'une forme concentrique (Trip to the unseen, la balançoire, vision.). 

Charbel est un vrai magicien de la lumière et possède le don de la représenter à la manière des grands maîtres de la peinture. 

Pour ce faire, il s'imprègne aussi bien de l'intensité dramatique du Titien, de l'ambiance tempétueuse du Tintoret, de la force dynamique et dramatique du Caravage ou du luminisme chaleureux de La Tour. 

Mais le plus étonnant chez Charbel, c'est qu'au lieu de la dualité classique lumière et ombre, l'on peut découvrir une autre dualité à savoir: imitation du visible ou révélation du non-visible ? 

En effet sa peinture de la lumière le rapproche plutôt de Rembrandt car comme lui la lumière ne vient pas de l'extérieur mais est bloquée dans l'image elle-même. Cela le rapproche également du Caravage pour qui la lumière est un personnage à part entière dans sa peinture. 

Les tableaux de Charbel les plus significatifs pour le traitement de la lumière sont notamment: Beyond man, Facing war, Fairies journey, la balançoire, trip to the unseen, vision. Ils permettent comme le "Le souper d'Emmaüs" de Rembrandt de rendre visible le non-visible. 

Rembrandt s'est affronté au défi de peindre la foi, c'est-à-dire de rendre visible la réalité du Christ ressuscité. C'est pourquoi ce grand peintre hollandais est le peintre par excellence de la lumière alors que Rubens comparativement ne peut être qualifié que de peintre de la couleur.

La lumière de Rembrandt comme celle de Charbel a une connotation mystique indéniable et à ce titre elle possède une intériorité. C'est pourquoi on a l'impression en regardant chaque oeuvre de ces peintres que le tableau me pénètre en même temps que je le pénètre moi-même. 

Aussi c'est tout le talent de Charbel Samuel Aoun que de rendre visible une réalité du domaine de l'indicible.

 

Metz, le 26 octobre 2010

Christian Schmitt

2) In English

 Charbel Samuel Aoun compares his painting to a symphony composed by emotions and the combination of various actions. In his book "The Life of Forms", henri Focillon also stresses the importance of gestures in painting while praising the hand. "The hand is action: it takes, it creates, and sometimes it seems to think".

In 2003-2005, Charbel was obsessed by the movement and especially by the silhouettes that were supposed to celebrate life. At this time, he focused mainly on lines that draw the movement, neglecting the details of the silhouettes themselves.

Later in the years 2005-2008, due to the happenings he experienced in his country, the image of the vibrant silhouette underwent the torments of war and appeared torn and tortured, ending practically as a distressed being.

In 2009, his work opens to the outside environment and the city that has suffered and lost a sense of identity against the invading capitalism andwar.

But the year 2010 was a major turning point in the painting of this young artist. It meant diving into his subconscious and returning to his innerworld. In doing so he discovered light:

"... it is in this mass of black that I see light, light that gives me the strength to share it, and I paint my own journey...a journey that passes through the Living Dead (residue of my social experience) to end up with a dematerialization, a "desocialization"...

During this same year, the color became radiant and pierced through these obscured spaces; certainly one  sees human forms, tortured beings who wonder around. The are dramatic paintings of rage and protest against destruction and the ugliness of a certain reality.

It is an art that defends the feeling, the irrational, the powers of the subconscious and transcendence.

The images of the innerworlds both strange and enchanting arise. Hisway of painting and its multicolor filamentous track adds a bewitching character, every detail being prepared with great delicacy ends with a form of undeniable elegance.

This complex subject in magico-summoners and touching paintings leaves a wide range of interpretations and associations for the viewer. The Positive and the negative, the hope and the catastrophe are inextricably linked.

Charbel is a true magician of light and has the gift to represent it in the manner of the great masters of painting. But the most amazing thing is that instead of the classic duality of light and shade, we discover another duality: imitation of the visible or disclosure of the nonvisible ?

In fact his painting of light brings him closer to Rembrandt because light does not come from the outside but it is locked in the image itself. This also brings him close to that of Caravaggio's work where light is a full-fledged character. It allows making visible the nonvisible and holding undeniablemystic  connotations. Therefore, his light has interiority. While wachting each piece, his painting passes through us at the same time as we pass through it.

It is quite the talent of Charbel Samuel Aoun to give visibility to a reality in the domain of the inexpressible.

Metz, 26 October 2010

IChristian Schmitt

 

site internet de Charbel

Facing war, 2010, 120 x 120 cm

Fairies journey, 2010, 120 x 120 cm

 

Cheers..., 2009, 175 x 175 cm

2008, 30 x 30 cm

2008, 30 x 30 cm

Bright night, 2010, 120 x 120 cm

Floating, 2010, 120 x 120 cm

Hierarchy, 2009, 145 x 175 cm

Khalass !, 2009, 175 x 175 cm

Life in mouvement, 2010, 135 x 200 cm

Vision, 2010, 120 x 60 cm

Charbel à l'expo de Dubai

 

http://www.facebook.com/sharer.php?u=Partager