LOU ROS

 

 

LOU ROS 

Lou Ros, ce jeune homme de 26 ans, a commencé à peindre dès l'âge de 17 ans. Il a d'abord graffé par amusement entre copains sur les murs des immeubles avec des sprays. Mais très tôt ce jeu est devenu pour lui une véritable addiction. Par la suite le simple tag rapide et spontané qu’il réalisait au début à la hâte a laissé la place à des œuvres plus élaborées et plus conséquentes comme les fresques murales.

S’il a appris à peindre sur le tas sans passer par des écoles d’Art, il ressent aussi rapidement les limites de cet art de la rue car lui-même reconnait « qu’il y a une éthique de l’esthétique du beau et de la répétition qui a fini par m’ennuyer. Faire une belle peinture c’est ennuyant alors que faire une peinture qui a de la force c’est tout autre chose. J’ai donc commencé à peindre chez moi. »

Ce retour chez soi lui permet d'enrichir sa réflexion et aussi sa pratique picturale en privilégiant une attitude de vérité et une quête plus fondamentale dans sa peinture: « le trait vivant et vibrant au lieu du beau trait net et droit ».

Déjà par les dessins qu’il réalisa sur des danseurs, sa mère étant chorégraphe, Lou a pu exercer son talent en délivrant un message lyrique et poétique d'une haute subtilité. A cette occasion, il a pu développer une grande richesse esthétique en restituant les forces et attitudes expressives de la danse.

 

 

Le trait léger, fin, furtif et évocateur lui permet de décrire les formes et figures du danseur. Les mouvements de ses pas et sa position en évolution sont reconstitués avec une précision édifiante. On a parfois l'impression de participer à une chorégraphie en direct.

Le geste est souvent beau et élégant et une certaine grâce s’invite dans ces œuvres graphiques qui ne sont pourtant que des ébauches. D'ailleurs le caractère non terminé de l'esquisse donne l'occasion justement de continuer par le rêve cette magie de la danse.

Par la suite dans ses peintures chorégraphiques, l'avènement de la forme inachevée prend une dimension autre, comme l'art particulier de ce peintre qui échappe à toute classification.

Ses tableaux sont les représentations du monde visible et de son propre monde intérieur. Grâce à son pinceau magique, les couleurs s’envolent, dansent et exultent épousant avec volupté et passion toutes les évolutions et contorsions du danseur. Dans cette chorégraphie picturale, on assiste à une dramatisation explosive, radieuse et dynamique des couleurs.

On sent dans les formes, l'héritage des cubistes et aussi l'écriture automatique des surréalistes…le peintre laissant parfois l'inconscient s'exprimer.

Cette écriture particulière fait penser aussi à d'autres peintres comme notamment Franta dans son « écriture des corps ».

L'inquiétude qui sourd puissamment dans les œuvres de ce jeune artiste n'est peut-être que cet acte de connaissance comme pour les œuvres de Franta : chaque œuvre devenant une étape vers « un devenir de maturité spirituelle » ?

Ainsi dans ces peintures chorégraphiques, les visages sont presque inexistants, brouillés, troublés avec souvent des expressions énigmatiques. Seuls comptent en définitive le mouvement, les formes… l’homme étrangement seul dans son agitation et toujours presque sans visage.


 

 

Dans la série des peintures « rouge anglais », le peintre continue le même procédé. Lorsque parfois apparaît un visage celui-ci est souvent hors champ, comme si l'artiste refusait une quelconque accessibilité ou visibilité.

Par ailleurs cette couleur dite « rouge anglais » qui est une synthèse à base de terres et d'autres minéraux comme l'oxyde de fer rouge adjoint du bleu outremer donne cet aspect assez violacé ajoutant une impression d'angoisse.

En fait à travers ses figures et ses visages, le peintre veut présenter le monde tel qu'il le voit. C'est un témoin sans concession de son époque.

Ainsi ses autoportraits tristes, maculés et sanguinolents ne sont pas en définitive les siens. Lui-même n’y voit pas une souffrance (la sienne) et répond en ces termes :

« Même étant en primaire, la maîtresse disait que j’avais une tête mélancolique alors que je me portais très bien. J’y vois plutôt une attente anxieuse, une certaine angoisse d’en dire trop et d’appauvrir l’image. Je peins car j’attends quelque chose de la peinture c’est une recherche qui n’en finit pas. »

 

 

C’est pourquoi son œuvre se présente comme une parabole picturale polysémique. Lou possède assurément une maîtrise de sa technique. Il peut décliner sa peinture de façon extrêmement nuancée en alternant les sujets graves (portraits et autoportraits) et légers (danse).

Son approche reste néo-expressionniste par son chromatisme ardent et sa liberté comme celle de présenter des figures déformées voire lacérées ou pleurant des larmes de sang.

Et comme Kafka parlant de l'œuvre de Picasso, on pourrait dire la même chose à propos des œuvres Lou Ros:

« Dans le miroir déformée de l'art, la réalité apparaît indéformée »

Metz, le 28 septembre 2010

Christian Schmitt

le même texte sur le site de Lou Ros

Text by Christian Schmitt translated in english by Rachel Thomas.

Lou Ros, 26, began painting at the age of 17. He started doing graffiti for fun with friends on the walls of buildings. But this game soon became a real addiction to him. Subsequently, the fast and spontaneous simple tag that he performed gave way to more sophisticated and substantial works like murals.

Learning to paint on the job without going through art schools, Lou soon feels the limits of this street art, admitting himself that "there is an ethics of aesthetic beauty and repetition that eventually bores me. Painting beautiful is boring, while making a painting that has strength is quite another thing. So I started painting at home. "

Back home, he enriches his reasoning and his practice of painting by privileging an attitude of truth and a more fundamental quest to his painting, "The living and vibrant line instead of nice clean straight line."

With his drawings of dancers, his mother being a choreographer, Lou was able to exercise his talent in delivering a message and lyrical poetry of great subtlety. On this occasion, he developed an aesthetic wealth by restoring the strength and attitudes of expressive dance.

The light, thin, stealthy and evocative lines allow him to describe the figures and shapes of the dancers. Movements of steps and changing positions are reconstructed with an edifying accuracy. One can have the impression of watching a live choreography. The gesture is often beautiful and elegant, and a certain gracefulness appears in these works though in draft form. Besides, the unfinished nature of the sketch gives the opportunity for our imagination to continue the magic of dance.

Further on in his choreography paintings, the appearance of the incomplete form takes another dimension, like the peculiar art of this painter who defies categorization.

His paintings are representations of the visible world and his own inner world. With his magic paintbrush, colors fly, dance and rejoice with pleasure and passion marrying all developments and contortions of the dancer. In this pictorial choreography, there is an explosive, radiant and vibrant dramatization of colors.

One can sense the legacy of Cubism in the shapes, and the automatic writing of the surrealists ... sometimes leaving the unconscious expressing itself.

This particular script is reminiscent of other painters such as Franta with his "écriture des corps” (Writing of bodies).

The concern that springs powerfully in the works of this young artist is perhaps this same act of knowledge as in Franta's work : each work becomes a step towards "a future of spiritual maturity?

Thus, in these dance paintings, faces are almost nonexistent, scrambled, often confused with enigmatic expressions. The movements and shapes are only what counts... the strangely alone man in his agitation and almost always faceless.

In the series of paintings "Rouge Anglais", the painter uses the same process. Sometimes a face appears and is often out of frame, as if the artist refused any access or visibility.

Moreover, this color called "Rouge Anglais" (english red), which is a synthesis based on earth and other minerals such as red iron oxide joined to ultramarine blue, gives quite a purplish aspect adding a sense of anguish.

In fact through his figures and faces, the artist wants to present the world as he sees it. He's an uncompromising witness of his era.

His bloody, stained and sad self-portraits, are not ultimately his own. He doesn't see any suffering (his own) and responds by saying: "Even in school, teachers would say I had a melancholic expression although I was fine. I see more of an anxious wait, some fear of saying too much and impoverishing

the image. I paint because I expect something out of it, it's a never ending research. "

That is why his work is like a parable polysemic pictorial. Lou certainly masters technique. He can decline his painting in an extremely nuanced way, alternating serious (portraits and self portraits) and light (dance) subjects.

His approach is neo-Expressionist in its chromaticism and freedom like presenting distorted or torn figures, weeping tears of blood. And what Kafka said about Picasso, one could say the same about Lou Ros works:

"In the distorted mirror of art, the reality appears undeformed" 

 

site internet de Lou Ros

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