BACK TO FIGHT de Konny Steding

 

21x14-8-cm-pour-le-flyer-recto-meilleure-qualite.jpg

« BACK TO FIGHT »

de Konny Steding

Galerie moretti&moretti

6, cour Bérard 75004 Paris

Vernissage le 12/09/2012

de 19h à 22h

Exposition jusqu'au 10/11/ 2012.

Konny est devenue une véritable « accro » de la rue après avoir commencé à 14 ans sur le mur de Berlin et dans le métro. Ainsi elle reste toujours fidèle à sa démarche initiale privilégiant le monde de l’ « Underground ».

Les multiples affiches qu’elle réalise sur les murs parisiens, loin d’apaiser sa passion dévorante – la conduisent au contraire à « overdoser » son écriture.

Une écriture  empreinte d’un lyrisme expressionniste mâtiné de romantisme et qui    la  conduit  autant à fasciner  qu’à susciter  un réel  sentiment de malaise chez le spectateur.

Comme si elle disposait des  pouvoirs surhumains  d’une Gorgone, Konny  réussit à  figer par son trait d’étranges personnages  dotés souvent d’une beauté troublante et d’une éternelle jeunesse.

Parmi  ceux-ci  on croit reconnaître  certaines figures mythiques des groupes musicaux  punk des années 1970  (Sex Pistols ou The Clash) ainsi que du monde de la mode.

Tout  particulièrement  l’image chaotique et dépravée d’un  Sid Vicious, ange paranoïaque et autodestructeur qui fut le bassiste  de Sex Pistols. Mort à 22 ans en 1979 suite à une overdose, il devient l’icône martyr du mouvement punk.

Rien d’étonnant  dans ces conditions  que Konny en « pétrifiant »  ces personnages   les montre en « victimes » comme frappés d’un mal insidieux : une inexplicable mélancolie et un profond détachement du monde.

Assurément  ce traitement  pictural n’est pas anodin  car Konny  mène ici  un vrai  combat – d’où le titre de sa nouvelle exposition « Back to Fight ».

Elle réalise son travail   principalement dans   la rue qui est selon elle « l’endroit où vous pouvez montrer vos problèmes… ». C’est pourquoi  elle amorce une nouvelle étape de sa carrière,  comme s’il s’agissait pour elle   d’une lutte armée.   D’ailleurs l’affiche de l’exposition qui la montre avec deux pistolets pointés droit sur le spectateur est très évocatrice.

Au-delà d’une simple provocation, elle stigmatise aussi  sa volonté de sensibiliser le public. Utilisant la violence à la manière de l’esprit « punk », elle veut dénoncer  l’absurdité d’une société basée sur le gâchis et la vie artificielle.  

Ce combat n’est pas nouveau pour elle, car déjà avec la poubelle, symbole de notre société de consommation, elle  l’avait utilisée comme support pour de nombreuses et multiples  créations antérieures. A cette époque « J’ai pensé (dit-elle) à la poubelle car le déchet est lié au luxe de notre société comme son complément ou son prolongement (trash is an adjunct of luxury) ».

Grâce à cet objet de la vie quotidienne, elle voulait  nous montrer le double visage de cette société. Celle-ci  promettait le progrès et la croissance alors qu’à côté elle polluait la planète et appauvrissait bon nombre d’individus dans le monde.

De la même façon  les nouvelles créations de cette artiste qui semblent  valoriser   le culte des stars et des idoles de la musique participent en réalité à montrer la souffrance d’une époque.

Indéniablement Konny  réussit avec brio à suggérer ce constat alarmant    par sa façon très singulière   de transformer    les visages artificiels  presque parfaits   par  des larmes qui coulent sur leur joue. Pour frapper encore plus fortement les esprits, elle rajoute parfois   sur ces corps des incisions de peintures pour couper dans le vif avec  toujours des coulures comme le sang qui coule et le rouge pour trancher dans le noir.

Konny comme propulsée par son inspiration débordante  ne sait plus elle-même  où situer certaines  limites puisqu’elle affirme: «  Je ne sais pas où l’artificiel s’arrête et où la réalité commence. »

Ainsi pour accentuer  la fragilité de Sid Vicious et la dissolution de sa personnalité, elle ira jusqu’à  spectraliser son image. Par cette métamorphose, ce musicien mythique   nous apparait dès lors sous la forme d’une apparence quasi  irréelle voire fantomatique  par le jeu des lignes tremblées et l’utilisation du noir délayé dans l’eau.

En ce sens Konny rejoint l’analyse de Derrida pour qui l’avenir est fantôme. Certes l’avenir on ne sait de quoi il sera fait mais selon ce philosophe  ce n’est plus  le passé qui va nous dominer mais les images du passé.

Christian Schmitt (chri.schmitt@free.fr )

27/08/2012.