KONNY STEDING

Dans sa nouvelle exposition

« High C.Gargage »,

Konny Steding

visualise par une sorte de sismogramme l’absurdité de notre

société de consommation de masse.

 

 

 

 

Jeune femme allemande, mince, presque frêle, d’allure éternellement juvénile, elle nous surprend par  sa grande douceur. Or, derrière cette apparente fragilité, ce peintre produit un art d’une grande violence, jetant souvent un regard sans concession sur notre société.

Par la fulgurante vision des êtres et des choses, Konny nous conduit dans les chemins obscurs, les plus sombres mais aussi les plus vrais de l’humain et de l’humanité.

En privilégiant l’ « Underground », on comprend mieux son attirance pour le Métro et pour tout ce qui vit dans ces mondes parallèles et obscurs.

Déjà en 1983, elle ressent le besoin de sortir son art des formes académiques. Certes au fond d’elle-même elle avoue toujours n’avoir jamais totalement abandonné la peinture traditionnelle marquée par l’expressionnisme allemand.

Toutefois, femme de son époque, elle sent sourdre en elle une violence qui l’incite à l’exprimer très tôt à la manière de l’esprit « punk » et notamment par le jet de bouteilles remplies de peinture rouge contre les murs.

Grâce aussi à cette inspiration issue de la contre-culture elle songe réaliser son art dans un espace de vie en sous-sol et c’est pourquoi en 2001 elle intervient dans  le Métro de Paris.

 

Métro Anvers 2003

Dans le registre de cet art « off », il s’agit pour elle de communiquer au plus grand nombre cette soif de vivre grâce à un art pour tous.

Par ailleurs son activisme culturel est motivé par l’aspect dynamique de l’exécution puisque dans le Métro, endroit particulièrement fréquenté et surveillé, l’espace et le temps sont nécessairement limités.

Mais le fait de communiquer son art dans les tunnels du Métro correspond aussi à une stratégie d’autopromotion de l’artiste et d’un défi qu’il se lance à lui-même. L’art devient une réponse immédiate à la vie et reflète le temps qui passe.

Comme l’affirmait Keith Haring : « Je pense, je sens, j’agis et je vis différemment chaque jour, chaque instant […]. Je peins de manière différente chaque jour […]. Mes peintures sont l’enregistrement d’un laps de temps… »

 

 

Métro Odéon 2002

Mais toujours respectueuse de l’environnement, Konny ne tague pas sur les murs, recouvre seulement certains endroits par des collages de dessins ou de peintures qui peuvent facilement s’enlever.

Les figures qui y apparaissent sont souvent dérivées de l’art brut (Métro Anvers 2003) avec parfois des visages inachevés ou en cours d’achèvement (Métro Odéon 2002) comme si l’artiste immortalisait par son travail la progression du métro lui-même.

Konny s’exprime comme tous ces premiers graffeurs dans l’esprit du temps (Zeitgeist).

Sa création vibre au rythme effréné des déplacements de ces hommes et de ces femmes qui arpentent quotidiennement les passages souterrains. Son art exprime l’instant qui compte autant que cette violence exercée sur les personnes.

 

Directions Bobigny/Place d’Italie 2003

Les dessins collés à la hâte sur ce mur carrelé (voir ci-dessus) montrent des figures humaines très marquées par l’expressionnisme allemand, rappelant notamment Penck avec ces visages fantomatiques, déformés jusqu’au grotesque. Certains sont même positionnés à l’envers comme Baselitz, un autre représentant important de ce même mouvement.

Ici tout est chamboulé, mêlant le réel et l’irréel, le rationnel et l’irrationnel, l’humain et l’inhumain.

A l’évidence, il s’agit d’une contestation radicale des règles établies pour signifier le traitement inhumain imposé à tous ceux qui transitent quotidiennement dans les couloirs du Métro. L’on peut comparer sans conteste cette situation à un « système pour les rats » pour reprendre la célèbre formule de Dereck Boshier, peintre anglais du Pop Art.

C’est pourquoi aussi en 2005 la présence de Konny dans le Métro parisien commence à agacer les autorités. Sous la contrainte, elle décide alors de mettre fin à son travail dans ce lieu :

« J’ai arrêté de peindre dans le Métro de Paris à cause des sanctions et de l’ultime avertissement de la police : Si on revoit les mêmes têtes, cela vous coûtera très cher !

D’où l’idée de sortir du métro et d’utiliser la rue car celle-ci offre d’autres possibilités. »

 

 

Cette œuvre nous la montre sous la menace de deux fusils d’assaut pointés sur elle. Une façon aussi de signifier que son art dérange et qu’elle est en butte avec les règles de la société. 

Dans la rue, elle utilisera habilement certains visages féminins issus de la publicité ou de la mode, visages parfois artificiels et adeptes de la perfection pour les détourner en y instillant souvent l’indifférence et l’ennui.

Mais elle privilégiera également beaucoup la figure emblématique d'Edie Sedgwick qui était la muse d'Andy Warhol dans les années 1960. Dans l’atelier dénommé La Factory de cet artiste du Pop Art, cette belle jeune femme était devenue son complice et pratiquement son double.

Participant à toutes les fêtes organisées par son mentor, elle symbolise la beauté et la liberté grâce à son look mythique expression de cette nouvelle culture jeune émergente.

Mais cette superstar warholienne, icône du milieu underground, d'une beauté troublante et éternellement jeune, y perdra hélas son âme dans ce monde basé principalement sur le paraître.

 

Elle perdra également sa vie puisqu'elle mourra à 28 ans d'une overdose.

Ainsi l’élément séducteur initial de l’affiche devient un élément d’étrangeté par le traitement particulier de Konny qui y ajoute souvent un caractère mélancolique et détaché du monde.

Ce faisant, le peintre nous plonge dans un contexte inhabituel qui nous oblige à la réflexion.

 

 

Par la technique du pochoir, elle va pouvoir également marquer le sol de ses nouvelles productions. Dans cette création sur le bitume (voir plus haut) deux figures féminines apparaissent, ressemblant étrangement à l’artiste elle-même avec deux fusils d’assaut.

La rue devient son nouveau lieu de combat. Bien entendu elle ne compte mener cette guérilla que par la peinture !

De plus en sortant du Métro, mise à part la rue, Konny a pensé également à un autre symbole de notre société de consommation dont elle va se servir comme support à ses futures créations. « J’ai pensé (dit-elle) à la poubelle car le déchet est lié au luxe de notre société comme son complément ou son prolongement (trash is an adjunct of luxury) ». 

Dans le sillage du « ready-made » de Marcel Duchamp, Konny va jeter son dévolu sur un objet aussi commun que la poubelle mais qui mieux que d’autres symbolise cette société de consommation de masse en voie de désagrégation.

Objet à l’image de notre société. En effet celle-ci a fait grandir une telle disponibilité de biens à consommer qu’elle ne sait plus comment traiter le gigantesque problème des ordures et du recyclage.

A la FIAC (en 2010), Konny déclare : « j’ai jeté les poubelles des cuisines comme performance. Mon idée c’est qu’à partir de la poubelle, j’ai envie qu’il se passe quelque chose car c’est triste l’ambiance de la FIAC.

Au restaurant (de la FIAC), il y avait des poubelles de luxe (avec des bouteilles de champagne vides, des restes de foie gras…). En montrant leur contenu c’est ma manière aussi de montrer la société basée sur le gâchis. Je m’attaque à cette société de consommation mais je m’attaque aussi à moi.

J’ai balancé les poubelles à l’entrée de la FIAC… »

Et pour mieux stigmatiser ce mal profond, Konny parvient même à rendre esthétique cet objet banal.

Sur une face de la poubelle, l’artiste fait apparaître une figure féminine sous les traits de la Super Star, Edie Sedgwick.

Ce traitement n’est pas anodin car Konny le réalise à la manière de tous les produits de luxe où la femme est utilisée comme un accessoire. Déchet et luxe sont donc étroitement liés à la poubelle.

D'ailleurs le destin tragique d'Edie Sedgwick, cette icône de la vie nocturne new-yorkaise, est suffisamment évocateur pour illustrer sa démarche.

De même Christo utilisera déjà en 1962 le thème de la star dans le gros titre d’un journal dans ses emballages.

En France également dès 1960, avec le Nouveau Réalisme, on va intégrer les déchets au concept artistique. Arman réunit dans ses compositions les premières « poubelles » avec les objets les plus divers et les plus quotidiens comme les reliques de notre société de la surabondance.

De la même façon Konny réussit à montrer la trivialité sous une perspective belle et laide à la fois. Comme Arman, elle esthétise la banalité et banalise l’esthétique (d’après Tilman Osterwold, Pop Art, Taschen p.120).

Christian Schmitt

 Exposition de Konny Steding « High C.Gargage »

Vernissage le mercredi 12 octobre 2011 à 19h

Galerie

 Moretti&Moretti

6, cour Bérard 75004 Paris

Métro Saint-Paul ou Bastille

Exposition du 13/10/11 - 12/11/11

www.moretti-moretti.com

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